Depuis l’offensive russe en Ukraine déclenchée le 23 février 2022 par Vladimir Poutine, « les Russes de Paris font profil bas.
Il est évident qu’à l’heure actuelle, être russe dans un pays étranger qui désapprouve les actions de son propre pays d’origine doit être compliqué et très difficile à vivre. En France, l’Insee recense environ 53 000 Russes vivant sur le sol français, dont 12 000 en Île-de-France et 3 500 à Paris. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, le soutien total des Français en faveur des Ukrainiens est compréhensible, étant donné que ce sont les autorités russes qui ont déclenché les hostilités.
Depuis ce jour, de nombreux Russes en France, et particulièrement à Paris, ont été mal vus, jugés, harcelés, voire même menacés au quotidien. Des bâtiments russes ont également été vandalisés. La chasse aux « sorcières » a commencé, et la diaspora russe dénonce une russophobie rampante. Si vous êtes russe à Paris, vous êtes automatiquement perçu comme un ennemi potentiel. Entre bâtiments vandalisés, restaurateurs et libraires en faillite, amalgames envers les Russes, et boycotts sportifs et culturels, les actions à l’égard de ces derniers s’accumulent et deviennent de plus en plus dangereuses et difficiles à vivre pour un peuple qui ne demande qu’à vivre en paix, malgré les manœuvres inconsidérées de leur président, auxquelles une bonne partie de la diaspora russe n’adhère pas. Tout un peuple ne devrait tout de même pas payer pour les dérives meurtrières de son président. Du moins, la logique le voudrait : la peur anti-russe est constamment présente.
Retour sur l’enfer que vivent actuellement ces pauvres Russes parisiens, avec notamment le portrait de Sasha Eremina, jeune étudiante russe en Master de Relations Internationales à Paris.
Reportage : À Paris, les Russes sont ciblés
L’ambassade russe a été vandalisée à Paris dans la nuit du 7 au 8 Mars 2022.
Dans ce contexte de guerre, les Russes à Paris sont sous pression. Plusieurs bâtiments ont été sécurisés dans la capitale après avoir été vandalisés depuis le début du conflit. L’ambassade de Russie, liée au centre culturel russe, a été visée dans la nuit du 7 au 8 mars. Le ministère russe des Affaires étrangères a récemment publié des images montrant le jet d’un engin explosif contre la grille de la Maison russe des sciences et de la culture. Ce cocktail molotov improvisé n’a pas fait de blessés, selon une source policière, bien que des morceaux de verre et du liquide aient été retrouvés sur le sol. Un panneau publicitaire annonçant une exposition d’art russe a été vandalisé, et à quelques mètres de l’ambassade, plusieurs poubelles ont été incendiées. Le 28 février, des tags anti-Poutine ont été découverts sur la façade de la cathédrale de la Sainte-Trinité, église orthodoxe russe de Paris. Ces incidents ne sont pas isolés. Depuis l’invasion russe en Ukraine, de nombreux bâtiments officiels russes ont été pris pour cible. À Paris, les restaurants russes n’ont plus de clients, et les employés se sentent menacés. Dans d’autres capitales de l’Union européenne, des bâtiments russes ont subi le même sort. À Londres, par exemple, les murs de l’ambassade russe ont été recouverts de graffitis. En Irlande, à Dublin, l’ambassade russe a également été attaquée : un camion a foncé en marche arrière dans son portail le lundi 7 mars, démolissant la porte en fer. Le conducteur a été interpellé immédiatement. Dans la capitale irlandaise, des manifestants rassemblés devant l’ambassade russe ont attaqué la voiture d’un diplomate et tenté de perturber le travail de la mission. Parmi eux se trouvait le député européen Billy Kelleher.
La villa Suzanna appartenant à Vladimir Poutine, à Anglet, taguée aux couleurs de l’Ukraine
Une « russophobie » naissante
Depuis le début de la guerre, il est impossible de ne pas remarquer l’hystérie anti-russes qui se propage à Paris. En plus des batiments vandalisés, les membres de la communauté russes de Paris témoignent aussi d’insultes et de nombreux amalgames. Une étudiante russe a subi une question déplacée d’un médecin français qui lui a demandé s’il elle était « contente des agissements de son président ». Quant aux restaurateurs et libraires russes, ces derniers n’ont plus de clients. Malgré tout, ces russes parisiens sont « moins à plaindre » selon une libraire russe étant donné qu’en Russie, les magasins russes ne sont même pas ouverts et le droit de parole est totalement limité.
Le sport et la culture russe totalement boycottés par les pays de l’Union Européenne
Des yachts d’oligarques bloqués par les douanes, des banques russes interdites d’échanger sur les places boursières européennes, un embargo sur les importations de pétrole et de gaz russes aux Etats-Unis… mais aussi les délégations russes interdits d’accès au prochain Festival de Cannes, des sportifs blacklistés de nombreuses compétitions, et même les chats russes interdits par la Fédération internationale féline. En parallèle des sanctions économiques prises par l’Union européenne et les Etats-Unis, le pays présidé par Vladimir Poutine est aussi visé par des mesures sur les plans culturel ou sportif qui peuvent sembler beaucoup plus symboliques.
TÉMOIGNAGE DE SASHA EREMINA
« D’un côté j’ai l’envie de faire l’autruche et de l’autre, j’ai envie de me battre pour
lutter contre Vladimir Poutine »
Sasha Eremina, étudiante de 23 ans d’origine russe vit difficilement vécu le fait d’être russe sur le territoire français. Responsable du pôle ambassade des Jeunes Internationalistes, elle baigne depuis l’enfance dans un univers multiculturel et se dit « passionnée par les enjeux de la diplomatie, particulièrement – culturelle » La guerre en Ukraine a changé le quotidien de Sasha. Depuis le début du conflit, elle ressent une « honte constante » ainsi qu’un sentiment de mal-être, voyant sa patrie « se briser » elle craint d’ailleurs de ne pas pouvoir obtenir la nationalité française. D’après ses dires, une personne sur deux en France s’est senti obligé de venir lui en parler parce qu’elle était russe, cela n’est pas étonnant de part le manque de tact que certains français peuvent avoir. Elle ne soutient aucunement les actions de Vladimir Poutine, « beaucoup de russes ne le soutiennent pas mais la presse en Russie est muselée : « il est impossible d’employer des mots comme « guerre » ou vous risquez un procès » selon son père qui est journaliste dans un média russe. Sasha Eremina : « Poutine est en train d’écraser les relations diplomatiques d’un coup de talon et de cracher sur les relations mondiales, cela ne va pas se réparer en quelques années.. » Il y a une forme de tristesse pour les gens en Russie qui sont coupés des réseaux sociaux, selon elle, une grande partie de la population isolée risque de céder et soutenir le projet de Vladimir Poutine. Actuellement, les magasins en Russie sont fermés et les moteurs de recherche ne marchent plus, les habitants sont totalement « coupés du monde ». Une situation éprouvante qui risque de perdurer encore longtemps…