JO 2024 : Victoire à l’arrachée pour les bouquinistes de la
Seine
Plus de 200 bouquinistes pourront exercer leur métier le long des quais de la Seine lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024. Crédit photo : Romain Ziegler
Les quais de la Seine, joyaux empreints d’histoire et de culture, vont demeurer intacts et animés par la présence des bouquinistes lors des Jeux olympiques de Paris en 2024. Le président Emmanuel Macron, dans un geste salué par les défenseurs du patrimoine culturel, a tranché en faveur du maintien des célèbres boîtes vertes le long du fleuve. Ce revirement, officialisé le 13 février, marque la fin d’une période d’incertitude qui a pesé sur ces gardiens de la mémoire parisienne.
“Nous remercions Emmanuel Macron du fond du cœur, il met fin à sept mois de cauchemar et d’incertitude », s’est réjoui Jérôme Callais, président de l’Association des bouquinistes de Paris. Ce volte-face de la part du chef de l’État, bien que saluée aujourd’hui, a été précédée de négociations très difficiles entre la mairie de Paris et les bouquinistes. Le changement brutal, annoncé par le président, montre aussi une prise en compte des préoccupations locales. Les bouquinistes représentent bien plus qu’un simple commerce ; ils incarnent un pan de l’histoire parisienne, une tradition qui se perpétue depuis plus de quatre siècles. Leur présence continue lors des JO est un symbole fort du respect des traditions et du patrimoine, même face aux exigences des événements mondiaux. Un enjeu de sécurité La proposition initiale de déplacement des bouquinistes reposait sur des considérations de sécurité. Un arrêté préfectoral, émis en juillet 2023, exigeait le retrait de près de 160 boîtes situées sur le parcours de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, de la Porte de Bercy jusqu’au Trocadéro. La préfecture de police avait invoqué la possibilité que les boîtes puissent abriter des explosifs, posant ainsi un risque lors de cet événement mondial à haute visibilité.
La compensation financière proposée par la mairie jugée insuffisante par les bouquinistes a ajouté au sentiment d’injustice. Crédit photo : Eloi Lachenaud
Suite à cette proposition, la réaction des bouquinistes ne s’est pas fait attendre. Des messages de protestation ont fleuri sur les boîtes : « JO : Les bouquinistes morts à crédit et sans indemnités », ou encore « Un mois pour tuer une profession ». Une pétition en faveur de leur maintien a rapidement rassemblé plus de 170 000 signatures. Les bouquinistes, estimant que leurs boîtes ne représentaient en aucun cas une menace, ont envisagé des actions en justice pour contester cet arrêté. Cette mobilisation massive a démontré l’attachement profond des Parisiens et des amoureux de la ville à cette tradition séculaire.
Face à la montée de la contestation, la Mairie de Paris a proposé une relocalisation temporaire sur le Quai d’Arsenal, envisageant ainsi un rassemblement similaire à un marché de Noël estival, mais avec des boîtes servant de chalets. Cependant, cette solution de déplacement, en apparence simple et pratique, suscite des inquiétudes au sein de l’association regroupant les bouquinistes. Ces derniers craignent qu’elle entraîne une baisse, voire un arrêt complet, des ventes en raison de l’affluence touristique moins importante à cet endroit par rapport à leur emplacement actuel, directement lié au centre de la ville et aux monuments touristiques environnants. Un autre problème soulevé par Jérôme Callais est lié à la vétusté des infrastructures. En effet, ces boîtes ont souvent plusieurs décennies, parfois plus de 50 à 60 ans, et un déplacement, aussi minutieux soit-il, pourrait les endommager considérablement. La mairie de Paris a expliqué que ce déplacement serait sûr et rapide, et que la remise en place des boîtes se ferait très rapidement une fois les Jeux olympiques terminés. Cependant, cela ne suffit pas à rassurer les bouquinistes. « L’idée est de trouver des alternatives, mais il est hors de question de déménager », assure Jérôme Callais. En plus de la proposition de déménagement, une autre solution qui n’a pas encore été sérieusement évoquée est celle d’une compensation financière de la part de la Mairie. Il s’agirait d’une donation de dédommagement accordée aux bouquinistes affectés par cet arrêt d’activité pendant la période estivale. L’Académie française, logiquement très concernée par ce dossier, a d’ailleurs indiqué en octobre son souhait de privilégier cette solution en cas de non-compromis trouvé par les deux parties. Cependant, cette option est également rejetée par les professionnels du livre, qui estiment que la somme proposée ne pourrait jamais compenser proportionnellement la perte de chiffre d’affaires subie cet été, étant donné que la saison estivale constitue la principale période de vente pour les bouquinistes. Les tests de démontage effectués en novembre dernier n’ont fait que renforcer les craintes des bouquinistes. Michel Bouetard, secrétaire général de l’Association des bouquinistes, a exprimé la détresse des commerçants : « C’est comme un arrachage de dents ! Tout ça pour quatre heures de cérémonie ! » Le refus de compensation financière, jugée insuffisante par les professionnels du livre, a ajouté au sentiment d’injustice. La période estivale, cruciale pour leurs revenus, rendait cette proposition inacceptable pour la majorité des bouquinistes.
Le flou entourant l’interdiction des boîtes a également suscité une incompréhension générale. Pourquoi ces emblèmes de Paris ne pourraient-ils pas être présents en arrière-plan de la cérémonie d’ouverture ? Sûr place, les passants interrogés comprenaient que les Jeux Olympiques constituaient un très grand enjeu pour la sécurité, mais peinent à saisir les motivations de la préfecture vis-à-vis des boîtes. La population, en majorité, voyait dans ces boîtes une richesse culturelle indissociable des quais de la Seine, et non une menace. La préfecture de Paris, contactée à ce sujet, n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Pour quelles raisons : âme de Paris ou sécurité ?
Les boîtes vert wagon situées sur les quais hauts de Seine à Châtelet. Crédit photo : Eloi Lachenaud
La décision finale de maintenir les bouquinistes en place soulève des questions sur les véritables motivations derrière ce retournement de situation. D’un côté, les bouquinistes sont indéniablement une part intégrante de l’âme de Paris, une attraction culturelle et touristique unique. Leur présence contribue à l’atmosphère pittoresque des quais et à l’identité de la capitale. L’importance de préserver cette tradition ne peut être sous-estimée, d’autant plus que la saison estivale constitue la période de vente la plus lucrative pour ces commerçants. Cette saison représente une opportunité majeure pour les bouquinistes de réaliser une grande partie de leur chiffre d’affaires annuel, grâce à l’afflux de touristes et d’amateurs de livres.
D’un autre côté, les impératifs de sécurité autour des Jeux olympiques restent une préoccupation légitime. La possibilité que les boîtes puissent être utilisées à des fins malveillantes n’était pas à écarter. Cependant, la décision du président Macron intervient après une réévaluation de la quantité de spectateurs durant la cérémonie d’ouverture. En effet, dû à un casse-tête sécuritaire, le nombre de places a été revu à la baisse, notamment sur les quais hauts de seine. Au total, seulement 220 000 spectateurs sont attendus pour la cérémonie d’ouverture contre les 600 000 prévus au départ. Les bouquinistes, souvent perçus comme les gardiens de l’âme de Paris, ont été au cœur de ce débat houleux. Leur mobilisation, soutenue par une pétition rassemblant des centaines de milliers de signatures, a été déterminante dans le revirement politique observé. En effet, derrière cette victoire des bouquinistes se cache un long combat, marqué par des mois d’incertitude et de résistance. Jérôme Callais, président de l’Association des bouquinistes de Paris, exprime un soulagement palpable : « On est tous très heureux et on remercie le président, qui a compris que nous étions l’âme de Paris ». Cette déclaration reflète un sentiment partagé par de nombreux commerçants qui ont vu leurs moyens de subsistance menacés. Cette décision dépasse les simples enjeux économiques et illustre l’importance symbolique des bouquinistes dans le paysage parisien. Emmanuel Macron, évoquant ses fréquentes visites aux bouquinistes avant son accession à la présidence, a su illustrer sa proximité avec cette facette culturelle de la capitale. Ainsi, l’annonce du maintien des bouquinistes le long des quais de la Seine durant les Jeux olympiques va bien au-delà d’une concession politique. Elle témoigne de l’attachement des Parisiens à leur histoire et à leur culture, rappelant que, même face à la mondialisation et à la modernisation, la préservation du patrimoine culturel reste primordiale. Cette décision est une victoire non seulement pour les bouquinistes, mais aussi pour tous les citoyens soucieux de l’authenticité de leur ville.